Résumé des résultats des enquêtes de terminologie menées en France
Quelles enquêtes ?
L'Union Latine a recensé plus de vingt enquêtes
portant au moins partiellement sur la terminologie en France ou
en français (Les enquêtes de terminologie).
Nous en retenons pour analyse les quatre dont les résultats
sont disponibles, et qui font ressortir les manques et les besoins.
Portée des enquêtes
Certaines enquêtes sont de portée plus large que
la terminologie (traduction et outils de traduction, notamment)
; elles ne font pas l'objet d'une analyse ici. D'autres se limitent
à un seul aspect de la question.
But des enquêtes
Certaines enquêtes visent une meilleure compréhension
de la situation de la terminologie (existant et besoins), d'autres
débouchent sur des réalisations concrètes.
Ainsi, les enquêtes du Rint alimentent les Inventaires
publiés du réseau, ainsi que la base bibliographique
de la Banque de terminologie du Québec. Deux enquêtes
(J. Amyot et GOTA) représentent des pré-études
de faisabilité en vue de l'établissement d'un réseau
de terminologie.
Enquêtes retenues
Quatre enquêtes générales ont été
retenues :
- 1991 CTN : Qui fait quoi en terminologie ? (4000 organismes/individus contactés, 140 réponses) et suites (1992 CNRS)
- 1992 TLS : La terminologie au quotidien (600 organismes contactés, 120 réponses exploitées)
- 1993 Centre Jacques Amyot/F. Algardy (122 organismes contactés, 45 réponses exploitées)
- 1993 GOTA : (Synthèse de deux enquêtes)
Trois enquêtes plus spécifiques sont mentionnées:
- 1987 - : Rint : projets de terminologie
- 1987 - : Rint : inventaire des travaux de terminologie publiés
- 1990 -1994 : CTN : logiciels de terminologie
Secteurs couverts
Les enquêtes de Jacques Amyot et du GOTA privilégient
les grandes entreprises, tandis que celles de TLS et du CTN tiennent
compte également des P.M.E. et des individus. Le marché
de la traduction fait l'objet d'un traitement prioritaire. L'enquête
du CTN comporte également un volet plus récent sur
la terminologie dans les universités, dans la recherche
publique, au CNRS notamment, et dans des institutions.
Certaines applications de la terminologie ne sont pour ainsi
dire pas couvertes : l'interprétariat ; le marché
des dictionnaires spécialisés ; les besoins terminologiques
des sciences cognitives, notamment dans les systèmes experts
; la veille technologique ; le contrôle de qualité...
Les besoins en thesaurus pour l'information-documentation sont
présents dans les enquêtes du GOTA, du Rint et de
TLS, et demandent à être approfondis.
Résultats en termes d'acquis
Certaines enquêtes se soldent par un résultat concret.
C'est le cas des inventaires permanents du Rint, comme de l'Union
Latine et de TermNet. Ceux du Rint sont diffusés sur support
papier par le réseau et incorporés dans la Banque
de terminologie du Québec. Il serait souhaitable qu'une
base de ressources terminologiques (bibliographies, inventaires)
soit créée, afin de garantir l'accessibilité
de ces données en Europe. De même, les enquêtes
comme celle d'Elisabeth Blanchon sur les logiciels de terminologie
ont fait l'objet de publications (Terminometro, TermNet
News), qui se prêteraient facilement à une telle
diffusion. A l'échelle de Pointer, on peut signaler que
les enquêtes du CTN ont donné lieu à une base
de données sur les acteurs de la terminologie en France,
qui pourra être mise à la disposition du projet.
En un mot, il faudrait capitaliser les acquis de ces enquêtes
afin d'alimenter un réseau européen.
Il convient enfin de faire l'écho de la réserve
exprimée par Daniel Gouadec à l'égard d'enquêtes
datant d'entre huit à trois ans, compte tenu de l'explosion
des réseaux électroniques. Il faut continuer d'observer
le terrain afin de bien évaluer l'impact de la mise en
route des réseaux télématiques et de la société
de l'information sur les producteurs et les utilisateurs actuels
et potentiels de la terminologie. A titre d'exemple, on remarque
qu'il existe en France des services électroniques proposés
par l'Université de Rennes 2 et par l'Union Latine, et
peut-être par d'autres encore.
Résultats en termes de besoins
Traduction
Le rapport qualitatif de TLS fait ressortir des besoins urgents
en matière de terminologie orientée traduction pour
les langues moins répandues et pour les traducteurs isolés,
plus nombreux que prévus. La formation serait donc une
priorité, conclusion confirmée par les enquêtes
J.Amyot et GOTA.
Selon l'enquête de Rennes, les traducteurs considèrent
l'accès à la documentation technique comme prioritaire
par rapport à la terminologie. On constate des temps de
recherche de terminologie très longs en l'absence de répertoires.
Dans la majorité des cas, les problèmes de terminologie
relèvent, essentiellement, de la compréhension des
concepts. On peut en conclure que les outils terminologiques faisant
le lien avec la documentation technique (hypertextes et autres),
et bénéficiant d'une mise à jour permanente,
devraient faire l'objet des développements prioritaires.
On notera par ailleurs que les traducteurs n'ont pas le temps
de constituer ou de gérer correctement leurs bases de terminologie
; la fiche de terminologie classique, en revanche, satisfait leurs
besoins.
Réseaux de terminologie
L'utilité d'un réseau est mise en avant par J.
Amyot et par le GOTA, mais trouve aussi des échos dans
les autres enquêtes, surtout TLS. Ainsi, la plupart des
producteurs/utilisateurs se déclarent en faveur d'une association,
de groupements par secteurs ou d'autres formes de collaboration.
La non diffusion de terminologie élaborée en entreprise
est souvent constatée. Deux raisons essentielles expliquent
cet état de faits.
- Le caractère non fini des données terminologiques, en particulier les difficultés de contrôle-validation,
- La confidentialité (droit d'auteur, propriété intellectuelle...).
Recommandations
Des déficits terminologiques sont signalés dans
plusieurs domaines, même si la nature des manques demandent
encore des précisions (langue, type de répertoire,
etc...). A ce titre, toutes les enquêtes citent les secteurs
de pointe. Au niveau des domaines où un effort s'impose,
le GOTA pointe en particulier l'énergie, les finances et
l'économie (banque et assurances), l'armement, l'automobile,
l'informatique et l'imagerie, le juridique...
On ne doit pas oublier par ailleurs les principaux acteurs de
la terminologie dans les entreprises. "Si on veut que les
entreprises adhèrent à un tel réseau, il
faut qu'elles aient le sentiment qu'il a été conçu
pour elles, pour répondre à leurs besoins, et non
pas pour servir une cause politique, même de politique linguistique",
Algardy, 1993, p. 6. Cette remarque interpelle les responsables
de notre projet, compte tenu de la faible représentation
des décideurs industriels dans Pointer.
Toutes les enquêtes font ressortir la place marginale qu'occupe
la terminologie dans l'entreprise. L'espoir de remédier
à cette situation motive les terminologues et les traducteurs,
qui souhaitent globalement s'organiser (associations, réseaux,
forums). On peut se demander cependant si cette volonté
est suffisante pour convaincre les décideurs dans les entreprises
de l'utilité de la terminologie. Peut-on miser sur le rôle
que la terminologie est appelé à jouer dans les
sciences cognitives, et dans l'ingénierie linguistique?
Un mot pratique enfin. Si l'on veut se lancer dans des enquêtes,
il convient de garder à l'esprit la lassitude des sondés,
épuisés par de trop nombreux questionnaires (de
terminologie!). On n'oubliera pas non plus qu'une enquête
est une activité de longue haleine, et que le temps est
court, d'où la nécessité de bien cibler.
John HUMBLEY, CTN
31 mars 1995