Résumé des résultats des enquêtes de terminologie menées en France

Quelles enquêtes ?

L'Union Latine a recensé plus de vingt enquêtes portant au moins partiellement sur la terminologie en France ou en français (Les enquêtes de terminologie). Nous en retenons pour analyse les quatre dont les résultats sont disponibles, et qui font ressortir les manques et les besoins.

Portée des enquêtes

Certaines enquêtes sont de portée plus large que la terminologie (traduction et outils de traduction, notamment) ; elles ne font pas l'objet d'une analyse ici. D'autres se limitent à un seul aspect de la question.

But des enquêtes

Certaines enquêtes visent une meilleure compréhension de la situation de la terminologie (existant et besoins), d'autres débouchent sur des réalisations concrètes. Ainsi, les enquêtes du Rint alimentent les Inventaires publiés du réseau, ainsi que la base bibliographique de la Banque de terminologie du Québec. Deux enquêtes (J. Amyot et GOTA) représentent des pré-études de faisabilité en vue de l'établissement d'un réseau de terminologie.

Enquêtes retenues

Quatre enquêtes générales ont été retenues : Trois enquêtes plus spécifiques sont mentionnées:

Secteurs couverts

Les enquêtes de Jacques Amyot et du GOTA privilégient les grandes entreprises, tandis que celles de TLS et du CTN tiennent compte également des P.M.E. et des individus. Le marché de la traduction fait l'objet d'un traitement prioritaire. L'enquête du CTN comporte également un volet plus récent sur la terminologie dans les universités, dans la recherche publique, au CNRS notamment, et dans des institutions.

Certaines applications de la terminologie ne sont pour ainsi dire pas couvertes : l'interprétariat ; le marché des dictionnaires spécialisés ; les besoins terminologiques des sciences cognitives, notamment dans les systèmes experts ; la veille technologique ; le contrôle de qualité... Les besoins en thesaurus pour l'information-documentation sont présents dans les enquêtes du GOTA, du Rint et de TLS, et demandent à être approfondis.

Résultats en termes d'acquis

Certaines enquêtes se soldent par un résultat concret. C'est le cas des inventaires permanents du Rint, comme de l'Union Latine et de TermNet. Ceux du Rint sont diffusés sur support papier par le réseau et incorporés dans la Banque de terminologie du Québec. Il serait souhaitable qu'une base de ressources terminologiques (bibliographies, inventaires) soit créée, afin de garantir l'accessibilité de ces données en Europe. De même, les enquêtes comme celle d'Elisabeth Blanchon sur les logiciels de terminologie ont fait l'objet de publications (Terminometro, TermNet News), qui se prêteraient facilement à une telle diffusion. A l'échelle de Pointer, on peut signaler que les enquêtes du CTN ont donné lieu à une base de données sur les acteurs de la terminologie en France, qui pourra être mise à la disposition du projet. En un mot, il faudrait capitaliser les acquis de ces enquêtes afin d'alimenter un réseau européen.

Il convient enfin de faire l'écho de la réserve exprimée par Daniel Gouadec à l'égard d'enquêtes datant d'entre huit à trois ans, compte tenu de l'explosion des réseaux électroniques. Il faut continuer d'observer le terrain afin de bien évaluer l'impact de la mise en route des réseaux télématiques et de la société de l'information sur les producteurs et les utilisateurs actuels et potentiels de la terminologie. A titre d'exemple, on remarque qu'il existe en France des services électroniques proposés par l'Université de Rennes 2 et par l'Union Latine, et peut-être par d'autres encore.

Résultats en termes de besoins

Traduction

Le rapport qualitatif de TLS fait ressortir des besoins urgents en matière de terminologie orientée traduction pour les langues moins répandues et pour les traducteurs isolés, plus nombreux que prévus. La formation serait donc une priorité, conclusion confirmée par les enquêtes J.Amyot et GOTA.

Selon l'enquête de Rennes, les traducteurs considèrent l'accès à la documentation technique comme prioritaire par rapport à la terminologie. On constate des temps de recherche de terminologie très longs en l'absence de répertoires. Dans la majorité des cas, les problèmes de terminologie relèvent, essentiellement, de la compréhension des concepts. On peut en conclure que les outils terminologiques faisant le lien avec la documentation technique (hypertextes et autres), et bénéficiant d'une mise à jour permanente, devraient faire l'objet des développements prioritaires. On notera par ailleurs que les traducteurs n'ont pas le temps de constituer ou de gérer correctement leurs bases de terminologie ; la fiche de terminologie classique, en revanche, satisfait leurs besoins.

Réseaux de terminologie

L'utilité d'un réseau est mise en avant par J. Amyot et par le GOTA, mais trouve aussi des échos dans les autres enquêtes, surtout TLS. Ainsi, la plupart des producteurs/utilisateurs se déclarent en faveur d'une association, de groupements par secteurs ou d'autres formes de collaboration.

La non diffusion de terminologie élaborée en entreprise est souvent constatée. Deux raisons essentielles expliquent cet état de faits.

  1. Le caractère non fini des données terminologiques, en particulier les difficultés de contrôle-validation,
  2. La confidentialité (droit d'auteur, propriété intellectuelle...).

Recommandations

Des déficits terminologiques sont signalés dans plusieurs domaines, même si la nature des manques demandent encore des précisions (langue, type de répertoire, etc...). A ce titre, toutes les enquêtes citent les secteurs de pointe. Au niveau des domaines où un effort s'impose, le GOTA pointe en particulier l'énergie, les finances et l'économie (banque et assurances), l'armement, l'automobile, l'informatique et l'imagerie, le juridique...

On ne doit pas oublier par ailleurs les principaux acteurs de la terminologie dans les entreprises. "Si on veut que les entreprises adhèrent à un tel réseau, il faut qu'elles aient le sentiment qu'il a été conçu pour elles, pour répondre à leurs besoins, et non pas pour servir une cause politique, même de politique linguistique", Algardy, 1993, p. 6. Cette remarque interpelle les responsables de notre projet, compte tenu de la faible représentation des décideurs industriels dans Pointer.

Toutes les enquêtes font ressortir la place marginale qu'occupe la terminologie dans l'entreprise. L'espoir de remédier à cette situation motive les terminologues et les traducteurs, qui souhaitent globalement s'organiser (associations, réseaux, forums). On peut se demander cependant si cette volonté est suffisante pour convaincre les décideurs dans les entreprises de l'utilité de la terminologie. Peut-on miser sur le rôle que la terminologie est appelé à jouer dans les sciences cognitives, et dans l'ingénierie linguistique?

Un mot pratique enfin. Si l'on veut se lancer dans des enquêtes, il convient de garder à l'esprit la lassitude des sondés, épuisés par de trop nombreux questionnaires (de terminologie!). On n'oubliera pas non plus qu'une enquête est une activité de longue haleine, et que le temps est court, d'où la nécessité de bien cibler.


John HUMBLEY, CTN
31 mars 1995